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Entretien avec Chaïmae El Mouzaïne

La Rédaction

À l’occasion de son obtention du Grand Prix national de l’écriture théâtrale, lors de la 25ᵉ édition du Festival de Tétouan, la plateforme Terss a réalisé cet entretien avec la dramaturge et réalisatrice marocaine Chaïmae El Mouzaïne, qui se fraye aujourd’hui une place singulière dans les scènes théâtrale et cinématographique.

El Mouzaïne a présenté des œuvres marquantes qui confirment une identité artistique très personnelle : le court-métrage « Réluctance » (2022), exploration des espaces psychologiques et des déchirures intérieures ; le film documentaire « The Escape» (2024), qui interroge l’identité et l’existence. En 2025, elle adapte « Réluctance » pour la scène, un spectacle du même titre et qui remporte le Grand Prix national de l’écriture théâtrale.

* * * 

Dans votre pièce Réluctance, le temps apparaît comme un protagoniste à part entière. Radia semble même sans âge. Comment travaillez-vous cette matière invisible, le temps, dans votre écriture ? Quel rôle joue-t-il dans la construction de vos personnages, entre voix présentes et absentes ?

Avant de répondre, je crois nécessaire de rappeler que la notion du temps dans l’écriture théâtrale a connu de profondes transformations, d’Aristote aux dramaturges classiques, jusqu’à Beckett, Ionesco, puis Hans-Thies Lehmann dans le théâtre postdramatique. Cette évolution n’a pas seulement modifié la compréhension des unités de temps et de lieu : elle a redéfini le temps en tant que structure interne, où la véritable unité dramatique devient celle de la tension intime, non celle de la technique.

Dans Réluctance, le temps est une structure mouvante, non un cadre fixe. On pourrait même dire qu’il agit comme un personnage autonome, interagissant avec les protagonistes et influençant les événements. Radia n’est pas une femme à l’âge défini ; elle est une figure traversée par le temps. Tous ceux qui gravitent dans son espace dramatique n’agissent pas selon un présent continu : le temps se retourne uniquement contre elle.
Temps du souvenir, temps des images mentales, temps du choc, temps de l’instant.
Radia oscille constamment entre ces temporalités, comme prisonnière d’un temps intérieur impossible à mesurer.

À l’inverse, la « personnalité-miroir », qui reste hors champ, n’a pas de temps. Elle ne circule pas entre des temporalités. Son existence est dramatique mais non temporelle, car elle se construit uniquement par son reflet dans Radia.

Jalila Tlamsi et Zineb Alji (Réluctance, 2025)

Toute la pièce se déroule en une soirée, une heure de jeu. Pourtant, la décision de Radia de tuer son mari demeure un temps suspendu : peut-être prise avant le début de la pièce, peut-être au milieu, peut-être à la fin. Le temps devient ainsi une matière insaisissable, qui échappe au récit logique : cela fait partie de la nature même de l’œuvre.

La mise en scène a tenté de prolonger ce temps et de lui donner un corps visuel. Quant au texte, le temps pensé, celui qui structure secrètement les relations entre personnages, est le temps qui fracture l’action de l’intérieur.

Mais sur scène, nous avons vécu un temps unique : le présent. Une histoire linéaire, comme si le temps s’était figé dans une seule et même durée.
Alors que l’écriture, elle, m’a demandé des années d’exploration : les regards, les silences, les fissures. Le silence de Radia n’est pas un instant : c’est l’accumulation d’années de déséquilibre intérieur. Quand elle perd son centre, elle perd sa capacité à situer le temps. Elle devient sans âge, sans ligne temporelle : une femme entre passé et présent, entre ce qui a eu lieu et ce qui pourrait advenir.
C’est dans cette ambiguïté que se forme sa voix dramatique, où le temps – personnage actif – devient lui-même partie du conflit intérieur et extérieur.

Votre écriture théâtrale navigue entre poésie, violence et vulnérabilité. Comment transformez-vous cette langue intime, parfois abrasive, en geste scénique destiné à être incarné ?

J’écris d’abord pour moi, depuis un tremblement intérieur qui cherche une forme avant de devenir mot. Je n’écris pas en choisissant un thème : j’entre dans un processus de décharge intime – sincère, brut, transparent. À partir de cette exposition personnelle, se dessine peu à peu l’humain universel.

Mes études à l’ISADAC, notamment en dramaturgie, m’ont donné les outils pour dépasser la page : j’y ai appris que le texte n’est pas seulement une structure linguistique, mais un dispositif complexe où se croisent rythme, image, geste, lumière et son.
La dramaturgie m’a appris à conce-voir  la parole dans son espace.

Mes études de cinéma, elles, m’ont appris à déconstruire et recomposer l’image, à percevoir ce qui se joue dans les détails visuels – même au moment de l’écriture. L’image naît avant d’être filmée ; elle naît dans l’imaginaire du auteur.
Cela a affiné ma relation à la scène.

Les mots évoluent constamment, s’imbibent de sensations, cherchent leur juste place sur le plateau. Ainsi, ma langue – poétique, violente, fragile – devient corps, mouvement, souffle, rythme.

Je ne cherche pas à reproduire le réel, mais à le condenser, à le déformer pour révéler une vérité plus aiguë que la vérité littérale.
Nous ne montrons pas la réalité :
nous la comprimons, la tordons, la testons — peut-être pour qu’elle nous fasse un peu moins mal.

Quelle place occupent les imaginaires marocains — mémoire de l’enfance, fractures, zones d’ombre — dans votre travail artistique ? Et qu’essayez-vous de révéler ou de déplacer à travers vos pièces ?

La réponse se trouve déjà dans le titre de la pièce « Réluctance ». Ce mot porte plusieurs niveaux de signification, mais celui qui m’intéresse particulièrement est son sens scientifique : en physique, la réluctance (ou résistance magnétique) désigne la difficulté d’un matériau à laisser circuler un flux, à le laisser passer.
C’est une image qui me semble très juste pour parler de ce que nous portons toutes et tous : nos résistances, nos blocages, nos zones d’ombre.

On peut imaginer cette réluctance comme une totalité symbolique qui pourrait représenter « le Maroc » : un cadre large où se croisent mémoire collective, enfance, fractures intimes et résistances multiples. La pièce n’en serait alors qu’un fragment réduit, un espace où l’on tente d’éclairer ces brisures et ces caractéristiques qui forment notre expérience commune.

Je ne cherche pas à transformer la conscience du spectateur ; cela dépasse l’intention artistique. Ce que je cherche, c’est à décrire un état, à lui donner forme pour qu’il devienne perceptible.

« Réluctance » n’est pas seulement l’histoire d’une femme brisée, trahie, silencieuse, qui finit par commettre un geste extrême.
C’est l’histoire de l’être humain — de toutes les relations humaines possibles, dans leur fragilité et leur intensité. J’écris sur l’humain, pas sur un cas isolé.

Je voudrais enfin remercier le metteur en scène Adil Abatorab , qui a donné à mon texte un souffle scénique d’une grande force, ainsi que les comédiens Jalila Tlamsi, Zaynab Alji et Amin Talidi, pour la vie qu’ils ont insufflée à chaque geste du spectacle. Sans oublier toute l’équipe artistique et technique, grâce à qui cette œuvre a pu exister.

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