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No apocalypse, not now

à toute vitesse, sept missives, sept missiles

Jacques Derrida

Alors que la rhétorique politique et le spectacle de la guerre s’entrelacent aujourd’hui de manière de plus en plus manifeste, Terss republie des extraits d’une conférence prononcée par Jacques Derrida en 1984. Dans ce texte, le philosophe analyse la dissuasion nucléaire comme un dispositif rhétorique fondamental, où persuasion et menace s’entremêlent pour structurer les relations internationales. Il montre comment le langage stratégique n’est pas seulement un outil de communication, mais une force agissante qui façonne les décisions militaires et politiques.

En réactivant ces réflexions dans le contexte actuel, nous interrogeons la manière dont les discours officiels continuent de construire des régimes de croyance et de légitimer des stratégies d’intimidation. Plus qu’une question d’armement ou de technologie, la guerre repose aussi sur une mise en récit, où chaque mot – de la « dissuasion » à la « suprématie » – est porteur d’enjeux politiques majeurs. Relire Derrida aujourd’hui, c’est donc comprendre comment la rhétorique façonne toujours les rapports de force et nourrit l’imaginaire des conflits.

* * *

Troisième missile,
troisième missive,

Nous pouvons nous croire compétents parce que la sophistication de la stratégie nucléaire ne va jamais sans une sophistication de la croyance et la simulation rhétorique d’un texte.

Première raison

L’organisation mondiale du socius humain est aujourd’hui suspendue à la rhétorique nucléaire. C’est immédiatement lisible dans le fait qu’on appelle (du moins en français) « stratégie de la dissuasion » toute la logique officielle de la politique nucléaire. Dissuasion (deterrence) veut dire « persuasion ». La dissuasion est un mode ou un effet négatif de la persuasion. L’art de persuader est, comme vous savez, l’un des axes de ce qu’on appelle depuis l’Antiquité la rhétorique. Dissuader, c’est sans doute persuader, mais non pas seulement de penser ou de croire ceci ou cela, qui peut être un état de fait ou une interprétation, mais qu’il faut ne pas faire quelque chose. On dissuade quand on persuade quelqu’un qu’il est dangereux, inopportun ou mauvais de décider de faire quelque chose. La rhétorique de la dissuasion est un dispositif de performatifs en vue d’autres performatifs. L’anticipation de la guerre nucléaire (redoutée comme le fantasme d’une destruction sans reste) installe l’humanité – et même définit par toutes sortes de relais l’essence de l’humanité moderne – dans sa condition rhétorique. Rappeler cela, ce n’est pas frapper de vanité verbeuse l’horreur de la catastrophe nucléaire qui détériore déjà, disent certains, qui améliore du même coup, disent les autres, la totalité de notre monde; ce n’est pas dire de ce pharmakon absolu qu’il est tissé de mots, comme si on disait : toute cette horreur n’est que de la rhétorique. Au contraire, cela nous donne à penser aujourd’hui, rétrospectivement, le pouvoir et l’essence de la rhétorique; et même de la sophistique, qui se lie depuis toujours, au moins depuis la guerre de Troie, à la rhétorique (pour s’en tenir à la détermination grecque de ce que nous sommes ici voués à nommer, à la grecque, la sophistique et la rhétorique).

Deuxième raison

Au-delà de cette rhétoricité essentielle, il faut situer la contemporanéité entre le raffinement hyperbolique, la sophistication technologique de la missilité ou de la missivité et la rusticité des ruses sophistiques qui s’élaborent dans les états-majors militaro-politiques. Entre la guerre de Troie et la guerre nucléaire, la préparation technique a prodigieusement progressé, mais les schèmes psychagogiques et discursifs, les structures mentales et les structures de calcul intersubjectif dans la théorie des jeux n’ont pas bougé.

Devant le saut technologique, un homme de la Première Guerre mondiale peut avoir le souffle coupé, mais Homère, Quintillien ou Cicéron n’auraient pas été étonnés s’ils avaient lu ce que j’ai lu dans le New York Times il y a quelques jours, alors que je préparais ce « paper » (il faut, pour ce que je veux dire de la doxa, considérer les news papers comme de bonnes références). C’est un article de Leslie H. Gelb, correspondant du Times (pour la « National Security ») à Washington. Gelb n’est visiblement pas favorable à l’administration Reagan. Son article prend parti, il expose ce qu’on peut appeler une « opinion », une croyance. Je n’isole qu’un point dans un article très riche d’informations. Un des sous-titres du journal reprend les mots du texte pour dire : « Reagan stretches the meaning of deterrence, says the author. Gaining superiority translates into diplomatic power[*] .» Et en effet, le discours de Gelb analyse à un moment donné les croyances supposées de l’administration Reagan. Il en vient donc à parler des opinions, de la doxa, des croyances (vieux mots, vieilles choses : comment les intégrer dans le monde de la technologie nucléaire?). Non pas les croyances d’un individu ni même d’un groupe d’individus mais celles d’une entité nommée « Administration ». Où se trouve logée la « croyance » d’une Administration?

Toute la théorie des jeux stratégiques que Gelb analyse intègre alors des croyances affichées ou supposées d’une part, des croyances ou des opinions induites d’autre part. Plus loin, Gelb tient compte de l’évaluation par les Soviétiques (donc de leur croyance) non seulement quand il s’agit de la force nucléaire des Américains mais aussi de leur résolution – traduisez : de leur croyance en eux-mêmes. Or que se passe-t-il du côté de la croyance américaine du temps de Reagan? On assiste d’une part à une évolution de la croyance, d’autre part à une apparente innovation rhétorique, le choix d’un mot nouveau, tout à coup accompagné d’une double herméneutique, d’une exégèse secrète et d’une exégèse publique; il s’agit de ce seul petit mot, «r toprevail », dont la charge, l’investissement et les effets supposés ont au moins autant d’importance que telles mutations technologiques qui, de part ou d’autre, seraient de nature à déplacer les données stratégiques d’une éventuelle confrontation armée. Vous connaissez mieux que moi l’épisode : il s’agit de la politique définie dans le document Fiscal Year 1984-1988 Defense Guidance (printemps 1982), selon laquelle, au cours d’une guerre nucléaire de quelque durée, les États-Unis « must prevail », doivent l’emporter, détenir la suprématie. Cette politique, officiellement et secrètement décidée, a ensuite été publiquement désavouée par Weinberger, l’actuel secrétaire de la Défense, dans deux lettres (août 1982, juillet 1983) citées et commentées par Theodore Draper (« Nuclear Temptations », New York Review of Books, 19 janvier 1984).

Tous se rassemble dans l’exégèse, publique où secrète, d’un seul mot. Que signifie to prevail? Détenir la suprématie, en quoi cela peut-il consister? Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ou doit impliquer? Suivons maintenant le mot de « croyance » (belief) dans l’interprétation proposée par Gelb :

Dans la croyance apparente (apparent belief) de l’administration Reagan selon laquelle on serait capable de contrôler effectivement une guerre nucléaire, celle-ci une fois commencée, et de la mener pendant une période qui pourrait durer des mois, la doctrine a été assumée au-delà de limites bien établies. Une telle croyance pourrait pousser un jour un leader à penser qu’il pourrait prendre le risque d’engager une guerre nucléaire parce qu’il serait capable de l’arrêter juste avant une catastrophe totale. Mais l’administration Reagan alla plus loin encore en réintroduisant l’idée, datant de 1950, selon laquelle il faudrait effectivement chercher à gagner une guerre nucléaire. Pendant les vingt dernières années, l’Administration a utilisé des mots tels que « éviter la défaite » (preventing defeat) ou « éviter une issue défavorable » (avoiding an unfavorable outcome) pour décrire sa croyance selon laquelle il n’y aurait pas de vainqueur dans une guerre nucléaire. A la suite du brouhaha provoqué par l’usage secret du mot « prevail », M. Weinberger déclara que « nulle part dans tout cela nous n’entendons impliquer (do we mean to imply) qu’une guerre nucléaire peut être gagnée. Cette notion n’a aucune place dans notre stratégie. Nous considérons les armes nucléaires seulement comme un moyen de dissuader les Soviets de penser (from thinking) qu’ils pourraient jamais recourir à elles ». (Je souligne.)

Comme le jeu entre le public et le secret, la multiplicité des rhétoriques s’ajuste à la multiplicité des destinataires supposés : opinion publique américaine ou non américaine, décideurs américains ou soviétiques, comme si d’ailleurs l’adversaire ne tentait pas d’intégrer immédiatement toutes ces variables dans son calcul. Il s’agit bien de rhétorique, et c’est même de cela qu’on parle! Le concept, voire le mot de rhétorique, sert la rhétorique de la surenchère et de l’accusation. Vous savez que Tchernenko vient de dénoncer la « rhétorique », c’est son mot, de Reagan. Et Gelb aussi : « La politique déclaratoire de Reagan est tout à fait en accord avec la rhétorique officielle du passé » (p. 29. Je souligne). Mais poursuivons la lecture de Gelb :

Mr. Reagan a aussi publié des démentis. Néanmoins, le soupçon continue de rôder : l’Administration avait bien quelque chose en tête (in mind) en choisissant ce mot. Certains officiels de cette Administration ont écrit et parlé de la vraisemblance de la guerre nucléaire, et du besoin, pour les États-Unis, de se préparer à la mener, à lui survivre et à la gagner. Jusqu’à quel point cette vue est partagée dans l’Administration, voilà qui n’est pas clair. L’explication charitable, et celle qui s’accorde le mieux avec ma propre expérience des officiels de Reagan, c’est que « prevailing » correspond réellement pour eux à l’objectif d’une supériorité nucléaire stratégique par rapport à l’Union soviétique. Nombre de ces officiels ont participé à la préparation de la plate-forme du Parti républicain de 1980, qui recommande d’atteindre sur tous les plans une supériorité militaire et technologique par rapport à l’Union soviétique. Nombreux sont ceux, dans l’équipe de Reagan, pour lesquels 82 la supériorité nucléaire est importante non pas en raison de leur optimisme à l’idée de mener et de gagner une guerre nucléaire, mais parce qu’ils croient que cette sorte de supériorité peut se traduire en pouvoir diplomatique (translatable into diplomatie power) et, à l’occasion d’une crise, en un moyen de contraindre l’autre à céder. Idée hautement discutable et que, je le crois, aucune preuve ne vient soutenir. (Je souligne.)

Gelb croit donc (« I believe ») qu’il n’y a pas de preuve. Il croit qu’il y a seulement des croyances. La croyance « Reagan » n’est pas fondée sur des preuves. Mais, par définition, elle ne saurait l’être. Il n’y a pas de preuve dans ce domaine. Jamais la supériorité « nucléaire » n’est absolue et absolument prouvée, jamais on n’a pu miser sur elle, de façon absolument démonstrative, pour intimider l’adversaire en période de crise. Il n’y a qu’une preuve imaginable, c’est la guerre et finalement elle ne prouve plus rien. A la croyance « Reagan », le discours adverse ne peut opposer qu’une autre croyance, sa propre rhétorique et sa propre herméneutique. Gelb ne cesse d’invoquer sa « croyance » et d’abord son « expérience » (de la psychologie des hommes du Pentagone ou de la Maison-Blanche).

Quant à la « traduction » (translation), « en pouvoir diplomatique », d’un mot nouveau (prevailing), on pourrait d’abord penser que le mot de « traduction» a seulement un sens large, vague et métaphorique : il s’agirait en effet de traduire un mot, mais aussi une réalité (la supériorité nucléaire et la conscience qu’on peut en avoir) dans un autre domaine, celui du pouvoir diplomatique, au cours d’un transfert en somme non linguistique. Certes, mais la chose se complique dès lors qu’on tient compte de ce fait ; le « pouvoir diplomatique » ne se déploie jamais hors texte, il ne va jamais sans discours, message, envoi. Il a la structure d’un texte au sens illimité que je donne à ce mot et au sens plus strictement traditionnel du terme. Il n’y a que du texte dans les épreuves de force comme dans le moment strictement diplomatique, c’est-à-dire sophistoco-rhétorique, de la diplomatie.

Jacques Derrida (1930-2004)
Philosophe et écrivain français, il est né en Algérie en 1930, dans une famille juive. Il fait ses études en France, à Paris, au lycée Louis-le-Grand puis à l’Ecole Normale Supérieure. Il rencontre ainsi Pierre Bourdieu, Michel Deguy, Michel Serres, suit les cours de Jean Hyppolite et de Maurice de Gandillac. Il se lie aussi à Louis Althusser et Michel Foucault. Ayant rédigé sa thèse sur “Le problème de la génèse dans la philosophie de Husserl”, reçu à l’Agrégation, il part enseigner à Harvard. Mais la conscription pour la guerre d’Algérie le ramnène en France. En 1964, il enseigne à l’Ecole Normale Supérieure. Il publie ses premiers grands livres dans les années suivantes : De la grammatologie, L’Ecriture et la différence, La Voix ou le Phénomène. Il sera l’auteur d’une oeuvre monumentale, au centre de laquelle se trouve le concept de “déconstruction” : Derrida réexamine les thèses métaphysiques en supprimant les présupposés de la parole dans la philosophie occidentale. Devenu le philosophe français le plus étudié dans le monde, il meurt à Paris fin 2004.

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