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Antifer

Poésie / Résistance sociale

William Lochner

Dans l’univers ténébreux et fascinant d’Antifer (La route de la Soie, 2023), William Lochner nous plonge au cœur d’un monde où la mort et la désolation imposent leur règne. Charon, le passeur des âmes, se lasse de son rôle et choisit d’y renoncer, laissant derrière lui un chaos grandissant. Désorientées, les âmes autrefois guidées vers leur ultime destination se retrouvent livrées à l’errance, privées de repères et d’espoir.

Le décor est lugubre, habité par des corps en décomposition, des rivières de sang et une atmosphère lourde de silence et de détresse. Charon, autrefois bienveillant, se mue en figure impitoyable, observant avec détachement ceux qu’il était censé conduire. À travers cette parabole funèbre, Lochner explore avec acuité la condition humaine, le pouvoir et la nature inéluctable de la mort. 

Le texte est jalonné de formules percutantes comme « Ton royaume pue la mort » ou « Ton peuple traîne dans la boue, porte son regard vers toi », autant d’échos poétiques qui accentuent la sensation de perte et de ruine.

Avec Antifer, William Lochner signe une réflexion saisissante sur la frontière trouble entre la vie et la mort, sublimée par les illustrations envoûtantes d’Agnès Bressler.

* * *

Tu te dégoûtes.
Ton royaume pue la mort.
Tu sens la merde.
Leur merde.
Tu regardes ton reflet dans une flaque.

Tu es délabré.
Tes vêtements sentent la charogne.
Tu te dis : « mon vieux Charon il est temps de les envoyer se faire foutre ».
Rien à expliquer.
Tu arrêtes ce sale boulot.

Tu regardes le désastre se construire.
Dès l’entrée ça grouille, ça trouille.
Leur catastrophe arrive des entrailles du monde des morts.
C’est pas prévu.

Le pouvoir bien maigre d’un modeste passeur est subitement immense.
Aucune âme n’aura accès à sa terre promise.
Brisant tes rames, brûlant ta flottille, tu mets fin à leur illusoire civilisation.
Ton peuple traîne dans la boue, porte son regard vers toi. Tu envoies quelques membres de ta légion infernale fracasser ces cadavres à demi pourris, montrant ainsi qu’il n’y a plus d’espérance.

Tu t’imposes.
Naissent clameurs, jérémiades.
Tu les vois se tordre prisonniers de leurs chairs, de leurs os, l’âme rêvant d’immortalité, d’évasion au royaume des morts, traverser le fleuve, obsession grotesque répandant cris, suppliques, pleurs, rages.

Rien ne te perturbe.
Quelques coups de fouet.

Ton peuple erre sur les rives, traçant éternellement le chemin des portes gardées par tes chiens jusqu’à ta mauvaise humeur, ta mauvaise foi, colère et bon vouloir, jusqu’à l’estacade.

Leur état est folie, cheveux dressés, craquement des articulations, visages grimaçants, esprits pétrifiés à la vue des monstres infernaux.

Ton peuple s’affole.
Hurlements, hideurs des corps, tourment du fer planté dans leurs tripes.
Ta colère pourtant ne désire aucun châtiment.
Peuple passant du gris profond au rouge vif.
Ténébreux, lumineux.
Métamorphose incessante des flambeaux accrochés aux parois.
Impressionnant spectacle d’une multitude avançant au rythme des arrivées dans le grincement des charnières.

Portes de fer.

Chaînes, rouages, herses, bruits métalliques ayant comme conséquence de te démontrer absurdement l’évidence de leur densité. Sans compter la disparité géologique, irrégularités rocheuses modifiant l’éclairage malgré le nombre impressionnant de torches, malgré le puits de lumière tombant à la verticale, s’estompant, s’étendant, s’atténuant et ébauchant les contradictions entre le proche et le lointain là où s’agitent tes ombres à contre-jour.

Éclats fugaces.
Tu assistes au ballet colossal des altérations luminescentes.
Tu en prends quelques-uns comme repère.
Suis leurs courses dans cette partie plus plate débouchant devant l’embarcadère.

Agrégat hébété poussé vers la longue paroi verticale.
Tombant à pic.
S’accrochant, s’imbriquant les uns aux autres.
Recherchant dans le vide quelques secours.
Finissant par s’écraser sur un sol mouvant.
Formant enfin un amas difforme, crânes, mâchoires, radius, fémurs, tibias, thorax.
Pestilence des humeurs.
Bouillasse gluante de corps anciens.

Tu fixes ton attention.
Leur sort n’a aucune importance.
Leur danse macabre t’est insensible.
Leur substance même, dans leur forme, n’est pour toi qu’un détail.
Peu d’idées en somme de la provenance de l’eau coulant de leurs glandes lacrymales puisque rien d’humain ne t’est connu.

Tu restes sur ce dernier constat.
Tu regardes.
Tu explores ton royaume en détail et tu le trouves dépourvu d’intérêt.
À cet instant tu sais.
Tu agiras sans discernement.

Pensées constamment déportées.
Ceci. Cela.
Espérance emportée en une quelconque vérité.
Insensée confiance en leur immortalité.
Toi, vivant l’intensité de leur monde dégueulasse.
Menaçant.
Hideux.
Riant de leur propre barbarie.

Habitants d’un squelette à moitié couvert de chair.
Tragédie se nouant malgré leur raison, ils y trouvent arguments rassurants.
Auto-conviction suggérant d’autres vérités n’ayant pas lieu d’être ici, leur supposé esprit critique ne suffira pas à combattre leurs mensonges.

Ils finissent toujours par y croire.
Rien n’est dès lors possible en ce cloaque.
Aucune envie de bouger.
Tu es assis dans tes vêtements nauséabonds.
Las.
Fatigué.
Vacarme ricochant contre les parois.
Circulation perpétuelle.
Affluence.
Étouffements.
Pauvres abattis tendus implorant leur passage.
Vont.
Viennent.
Haine suintant du roc.

Sang s’écoulant des voûtes formant des stalactites noires.
Rideaux figés.
Coagulés.
Attirant les mouches indestructibles aux ailes d’acier.
Sang tombant en dégoulinade dans l’eau souillée de ton fleuve.
Ignobles.
Répugnants.

Tu ne bouges pas.
Tu ne bougeras pas.
Ou si peu.

Tu envoies quelques légions mater la rébellion naissante.
Elles frappent au hasard.
Défendent ton embarcadère.

Laissent aller leur rage.
Éclatent quelques carcasses.
Tu reçois tes messagers parlant à voix basse et auxquels tu ne réponds pas.
De ton rocher, assis sur ton trône, aucune envie de régler le problème. Pourtant tu vois bien que ça déconne. Tes légions écrabouillent ce gibier décharné sans désemparer.

Tes légions casquées, cuirassées, bottées, armées, d’une force peu commune, faiblissent pourtant.
Ça aussi tu t’en fous elles sont indestructibles à l’image des mouches.

Tu préfères retracer en mémoire ton histoire.
Faire grève…

Le Radeau de La Méduse, Théodore Géricault, 1819.

Au début tu as la paix.
C’est facile.
La fornication, usine à fabriquer des âmes, va bon train mais c’est gouvernable.
Ça va.
Pas de croyances particulières, de nations, d’États, d’Empires, de guerres organisées, maladies dévastatrices.
Quelques gouttes de sang perlent de la voûte.
C’est quand ils se sont organisés qu’arrivent les premiers débordements. Ton embarcation ne suffit plus.

À cette époque tu tiens encore compte des origines de chacun, des préséances, des richesses distinctes, des hiérarchies de meute. Tu transportes tout le monde. Tu as de la compassion et un peu de tristesse pour cette espèce humaine se décomposant devant toi.

Décharnée.
Perdue.
Terrifiée.

Épeurée par ton univers offrant tous les aspects de la cruauté. Leur imaginaire fait le reste. Plus tard, sous la pression, tu seras contraint d’abandonner tes convictions. Pour faire court, respectant leur langage, tu seras démocrate. Tu prendras toutes leurs doléances en considération. En somme tu respecteras leur condition de mortel mais aussi leurs inventions, leurs œuvres d’art accompagnées de saloperies, détritus, ordures, déchets, pierres, morceaux de ferraille, bronzes fêlés, roues de char, épées, couteaux, haches, flèches, fusils, canons, mortiers. Tout un arsenal digne d’un musée de la haine, de la folie, de la barbarie, de la boucherie. Mais aussi des couronnes d’or, des peaux rares, des soieries, des poteries, des coquillages, des cornes d’animaux. Mais aussi sacs en plastiques, poubelles, cochonneries, excréments, urines. Tout ça se mélangeant à l’entrée du puits. Ton royaume est une porcherie doublée d’un magasin d’antiquités sentant les lieux d’aisance.

C’est quand ils s’organisent en société que les choses se compliquent. Voici le temps des chefs de guerre, des grands prêtres, des prophètes, des commerçants. Chacun voulant le pouvoir absolu ils se lancent dans la fourberie, la trahison, le parjure, la corruption, l’assassinat, devenant les conquérants de leur propre destruction. Le sang s’écoule, coule en cascade depuis cette époque et pollue ton fleuve.

(…)

Un Maccabéen récupère le fouet du maître-chien en lui brisant les doigts. Vient en aide à ceux ayant acculé la bête dans un cul de sac, seule, sur la défensive.  De ses crocs d’acier, elle broie des têtes, éclate des orbites, explose des thorax à coups de griffes, défonce des hanches, des vertèbres avec ses cornes de mouflon, arrache des lambeaux de viande humaine infestées d’asticots.

Les Maccabéens arriveront tôt ou tard à bout de cette créature, sauvée pour l’instant par la seule force et son odorat.  Née des ténèbres, aveugle, elle suit chaque mouvement de sa truffe.
Pelage noir et luisant d’écume, de bave, ossature apparente laissant voir à l’air libre ses côtes, ses vertèbres. Torse balafré de coups de couteaux, le sang couleur de feu coule sur son poitrail. De ses pattes arrière rejette nerveusement les restes d’un Maccabéens écrasé.

Dégage l’espace.
Marque son territoire.
Plonge sur les premières lignes.
Fracasse méthodiquement les résistances rencontrées.
Des coups pleuvent.
La bête grogne.

Avant chaque attaque, dos ramassé, pattes solidement ancrées, prêt à bondir, dents menaçantes, tête et corps se mouvant, rapides, instinctifs, elle est alerte.

Soudain d’un coup de corne un Maccabéen est démoli.
Tombe en poussières.

Plusieurs assauts se succèdent. Des Maccabéens disparaissent par centaines. Trois groupes bien distincts mènent l’attaque. Celui face à la gueule, commandé par un Maccabéen immense, protégé par un couvercle de cercueil, se cabre avec force sur le sol glissant, s’avance déterminé, tandis que sur les côtés les charges se succèdent sans répit.

Le chien pare les coups avec difficultés.
Il patine sur le sol bourbeux de sang.

Grogne.
Gémit.

Le Maccabéen protégé par un bouclier, se saisit d’un pieux traînant à ses pieds, l’enfonce dans La gorge.

L’animal se débat.
Ouvre la gueule, montre les dents, tire la langue pour dégager le pieu encombrant son larynx. Il s’étouffe.

Suffoque.
Cherche l’air.
Se débat.
Perd l’équilibre.
Souffle.

Le sang gicle par saccades des yeux et de la gueule.

Des Maccabéens entravent ses pattes, maîtrisent les battements de la queue, enroulent des filins et des cordages autour de ses mâchoires.

Le sang et le plasma s’écoulant des narines tremblantes, se mélangeant aux poils et à la sueur, la bête gémit, tente de se libérer.

Halète.
Suffoque.
Se contracte.

On lui enfonce plusieurs coups de glaive dans l’encolure et la nuque.
Que la bête meure.

Les rats, les mouches d’acier découpent le poitrail, soulevant la peau recouvrant les jarrets, festin des larves déchiquetant le corps par le ventre, passant par l’anus, la bouche, les narines, les cavités des blessures secondaires, creusant muscles, poumons, viscères, cervelle, yeux.

Il ne reste plus rien.
Faune lugubre disparaissant aussitôt dans les dépôts d’ordures.

Soudain tout est là.
Ballet macabre s’improvisant autour d’un ossuaire.
Disparate.
Éparpillé.
Sans chorégraphie particulière.

Tout est là.
Entassement.
Amoncellement extravagant de ces morts étrangères.
Inutiles mœurs.
Machine mémorielle des joies anciennes : ils dansent.

Ici tu constates.
Ils sont sans finalité.
Leur révolte ?
Vaine.

Des pêcheurs irakiens à bord de leur bateau sur les rives de Chatt El-Arab le 26 octobre 2021. Hussein Faleh/AFP

Les hommes bombardent.
Canonnent.
Mitraillent.
S’acharnent jusqu’à l’écrasement de ta propre glaise.

Il faut te résoudre à tomber.
Les voûtes se détachent.
Fragmentations gigantesques.
Ouverture complète de ton ciel.

L’engloutissement de tous les océans, toutes les eaux terrestres, emportant par sa force les sables des déserts, aspirant toutes les constructions humaines, ponts, gratte-ciels, routes, voitures, bus, vélos, motos, centrales électriques et nucléaires, en plus des pipelines, puits de pétrole, grues, terrasses des cafés, commerces, navires, trains, bus, métros entrant en collision, toutes les armées, tous les humains, toute la faune captive de son labyrinthe minéral.

Auto-effondrement.
Cataclysme.
Plus aucun refuge.
Il n’y aura pas eu de mort rêvée.

La froideur des espaces, la chaleur des explosions.
Tout meurt pétrifié, consumé.

Plus aucune forme connue.
Tout s’écroule.
Abîme dans l’abîme.
Éléments de vie et de mort.
Pêle-mêle.
Plus rien ne s’oppose à rien, ne se pose sur rien.
Ni haut ni bas, ni ciel ni air, ni feu ni terre.
Mélange complet ou ni mer ne trouve de terre.

Et dans ces cieux où régnait tant de guerres, puisque tout disparaît, tu te dis que Dieu avait raison de vouloir détruire sa création, embryon ayant poussé sa logique jusqu’au choc final, jusqu’à n’être plus qu’un monde plus noir que l’abysse le plus sombre.

Tes ailes en grand deuil le resteront.
Pas de rédemption.
Rien ne sortira de la bouche de Dieu.

Derrière le fracas des éboulements rocheux.
Furie des eaux.
Atmosphère irrespirable.
Instabilité.

Monde dévasté, ayant moulu corps humains jusqu’au dernier atome, le temps de la transformation profonde est venu.

Éclairs et orages éteints.
Éruptions volcaniques, tempêtes, incendies apaisés.
Il n’y aura pas de rédemption.
Dieu détestait sa création.
Un échec.
Qu’auras-tu donc appris ?

L’amour vrai est une illusion.
Tu voulais protéger et te voilà seul.
Tu as voulu être cette passerelle entre Dieu et l’humanité.
Tu as échoué.
Le piège était fascinant de simplicité.

Ton pouvoir de passeur d’âme n’était qu’illusion.
Tu n’as jamais fait qu’un travail de roulier : une cargaison après l’autre.
Ta grève a été inutile puisque les Maccabéens sont restés fidèles à la volonté de Dieu : disparaître.

Toi tu pouvais croire à l’éternité puisque tu es éternel.
Mais eux ?
Ta fatigue est devenue lassitude ; ta lassitude indifférence.
Ton amour comme ta colère furent vains.
Et te voilà spectateur de la transformation de ton monde.

Nulle rédemption.
Chaque millénaire passant n’a fait qu’entamer ton endurance.
Alternance de dépit et de courage.
Parfois tu as laissé l’oubli prendre le pas sur ta mémoire.
Simple convenance.
Accommodement avec toi-même.
Détruire.
Reconstruire.
Modifier.

Rebâtir.
Brouiller.
Casser.
Cycle des siècles silencieux.

Eux, pendant que tu tentais de les sauver, s’abrutissaient, se mentaient, se trahissaient, se haïssaient. C’est bien fini maintenant. Après tout, puisqu’ils ressentaient au plus profond de leur âme le rejet de Dieu, lui-même ayant été le manipulateur, en leur interdisant de manger le fruit de la connaissance planté au centre d’un verger merveilleux. Eve et Adam n’ont pas succombé à la tentation.
Simplement leur curiosité l’a emporté.

Mais tout ça maintenant c’est une vieille histoire.
L’avenir appartient aux êtres ailés.

Car sorti de ce monde nouveau, transmuté, déformé, reformé, en explosion continue, bien avant que ne tombe la première pluie du premier jour, bien avant que ne retentissent les premiers piaillements des oisillons couvés par le paon hermaphrodite, bien avant qu’une herbe nouvelle ne pousse, bien avant l’éclosion de trois œufs à la tête emplumée, il y eut environ trente minutes de silence.

William Lochner (Charleroi, 1957)

Ancien journaliste freelance belge. Il est notamment l’auteur de “Les chemins de l’Élam”, un ouvrage relatant la guerre irako-iranienne (1980-1982) dans le Chatt-el-Arab. Il s’inspire de ses reportages dans ce texte, abordant le thème des troubles du stress post-traumatique chez les victimes de guerres. Parmi ses autres œuvres, on compte “Bouclage” (2018) et “Antifer” (2023), tous deux publiés aux éditions La Route de la Soie.

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