Terss
  • Home
  • Header (FR)
  • Test-recherche
  • Accueil
  • Atlas
  • دورات عرض الفيلم
  • بودكاست
  • Optica
  • Echo
  • Index
  • أطلس
  • Marges
  • قُزحيّة
  • Dossiers
  • صدى
  • En jaque
  • فهرست
  • Qui sommes-nous?
  • هوامش
  • Politique éditoriale
  • كِشْ مَلِكْ
  • Contributeurs
  • الملفات
  • Makhzen
  • Transparence
  • Cartographie
  • Plan du site
  • عن طرس
  • ميثاق التّحرير
  • Boutique
  • كُتّابنا
  • Contact
  • مخزن
  • خرائطية
  • خريطة الموقع
  • حانوت
  • للاتصال
  • Header (AR) Bis
  • Footer (FR)
  • Cycles de projections filmiques
  • Header (AR)
  • Podcast
  • Header (FR) Bis
  • الشفافية المالية
  • Search
  • Menu Menu
Menu
  • Atlas
  • Optica
  • Echo
  • Index
  • Marges
  • En jaque
  • Dossiers

L’art discret de l’amitié

À propos de « Amicizie » de Giorgio Agamben

Luca Maristany

Dans un monde où les liens s’épuisent dans la transparence forcée des réseaux et où les engagements se dissolvent dans la vitesse des flux, Giorgio Agamben propose un geste à contre-courant : se souvenir de ses amis. Non pas les ériger en statues, mais les faire parler à nouveau – par bribes, éclats, intonations. Amicizie, publié en 2025 chez Einaudi, est un recueil rare, à la fois méditation philosophique et élégie de la mémoire partagée. Dix-sept portraits composent ce livre, à la frontière de l’autobiographie, de la biographie et du fragment poétique. À travers eux, Agamben nous offre une leçon sur la fidélité, le langage et la vie nue.

En introduction, Agamben souligne la difficulté contemporaine à parler sincèrement d’amitié, bien plus complexe à exprimer que l’amour. Il s’appuie sur la définition antique de l’ami comme alter ego : l’autre moi, celui qui rend supportable, voire aimable, ce qu’il y a de plus difficile en soi. L’amitié est décrite comme une forme de témoignage de l’existence partagée.

Chaque chapitre est un hommage à une personnalité qui a marqué Agamben, parfois célèbre (comme Elsa Morante, Italo Calvino, Guy Debord), parfois plus intime (Claudio Rugafiori, José Bergamín, etc.). Le style est introspectif, empreint de délicatesse et souvent traversé de réflexions métaphysiques ou poétiques.

Dès la préface, Agamben affirme une vérité dérangeante : il est plus simple de dire « je t’aime » que « je suis ton ami ». L’amitié n’est ni déclarée ni contractuelle, elle est une reconnaissance mutuelle qui nous sauve de la pesanteur de notre propre être.

Participants au séminaire du Thor, 1966. De gauche à droite : Dominique Fourcade, François Vezin, Ginevra Bompiani, Martin Heidegger, Jean Beaufret, Giorgio Agamben (de Giorgio Agamben, Autoritratto nello studio , nottetempo, Milan 2017, p. 27)

L’ami, un autre moi plus doux

« L’amico è un altro io – cioè qualcuno che rende amabile e grata la cosa più odiosa: il nostro io. »

Agamben et Elsa

L’ami est celui qui nous sauve de nous-mêmes. Il rend habitable notre propre obscurité. C’est pourquoi l’amitié, selon Agamben, réclame moins la possession que le témoignage : elle est cette grâce partagée, qui exige d’être reconnue, non célébrée.

Elsa Morante – Le tragique au cœur de la langue

La première figure convoquée est celle d’Elsa Morante. Leur rencontre, en 1963, ouvre une amitié fébrile, intense, où les silences pèsent autant que les confidences. Ce qui frappe Agamben chez Morante, c’est sa sérieuse sauvagerie, sa croyance inébranlable en la fiction comme vérité. Elle ne joue pas avec les mots : elle s’y enfonce comme dans une forêt sacrée.

« Il linguaggio è la morte », lui disait-elle. Pour elle, écrire, c’était toujours expier.

Dans Alibi ou La canzone degli F.P. e degli I.M., Morante articule cette double peine : être traversée par le langage, et ne pouvoir s’en sauver. Agamben perçoit chez elle une lutte intérieure, un conflit entre deux douleurs irréconciliables : celle de l’histoire et celle de la parole. Et peut-être un point de fuite :

« In quel varco, senza pena né redenzione, contempliamo per un istante la pura Finzione. »

José Bergamín – Vivre sans les conforts de la religion

Avec José Bergamín, poète catholique libertaire, anarchiste discret, ami des exils volontaires, Agamben découvre une autre forme de foi : celle qui s’accommode mal des dogmes, mais ne renonce ni à Dieu ni à la beauté du monde. Bergamín, exilé de l’Espagne franquiste, vit dans la légèreté d’une sagesse flottante, signée d’un humour métaphysique:

« Era come una brezza o una nuvola o un sorriso. »

Bergamín et Agamben

Il professait que l’intime est ce qui est le plus lointain, que Dieu existe mais n’est pas, et que le diable, lui, n’existe pas mais est. Dans un rêve, Agamben le revoit, vivant, modeste, joyeux : la matière même de la joie était Bergamín. Ce rêve devient alors un manifeste de gratitude.

C’est grâce à Bergamín, qu’il découvre une Espagne intérieure, irradiée par la lumière mystique d’un catholicisme désinstitutionnalisé. Bergamín l’initie à la légèreté comme posture existentielle : être sans être soi, tel un oiseau qui signe de son vol l’éphémère. Il aimait dire : « L’intime est ce qui est le plus lointain » – formule qui condense le paradoxe métaphysique de toute véritable amitié.

Claudio Rugafiori – Le maître sans œuvre

Rugafiori est peut-être le portrait le plus touchant du livre. Maître sans livres, philosophe sans discipline, il incarne un rapport quasi sacré à la pensée : non pas produire du savoir, mais s’abstenir d’écrire pour rester dans l’éveil de la pensée. Agamben évoque leur projet commun d’une revue jamais réalisée, nourrie de fragments, de cartes mentales, de comparaisons improbables entre Plaute, les Upaniṣad ou Spinoza.

« Il sapere consiste nel costituire collezioni di singolarità evocatrici. »

Mais plus encore que son érudition, c’est sa fragilité qu’Agamben retient :

« Ciò che era in essi indistruttibile era la loro fragilità. »

Fragilité qui n’est pas faiblesse, mais forme ultime de l’humain – capacité à survivre à toutes les destructions.

Le jeune Giorgio Agamben et Martin Heidegger, à Thouzon en 1966 (PHOTO François Fédier)

Italo Calvino – Le funambule de l’image

L’évocation de Calvino est touchante de justesse. Derrière l’image publique du rationaliste virtuose se dévoile un homme inquiet, retenu, à la fois lucide et désarmé. Agamben revient sur leur amitié tissée autour d’un projet de revue avorté, de discussions sur Dante, la comédie, le langage, et la possibilité d’une parole juste dans le chaos du monde moderne. Calvino, dit-il, n’était pas léger – mais il écrivait comme s’il cherchait à alléger la gravité du réel. L’ultime grâce de son œuvre serait alors de faire entrevoir, dans l’enfer du quotidien, « ce qui n’est pas enfer ».« Non valgono le Opere a salvarmi, ma solo la Grazia che non mi fu né mi sarà concessa. »

Agamben voit chez lui une imagination analogique rare, capable de relier les images entre elles pour restituer une vérité préhistorique, comme dans leur visite commune à Lascaux.

« La sua era piuttosto una straordinaria forma di immaginazione analogica. »

Guy Debord – L’intime clandestinité de la vie vraie

Carte postale de Debord, 16 février, 1990

Avec Debord, la relation est politique autant qu’amicale. Ils se reconnaissent dans une critique sans compromis de la société du spectacle. Et pourtant, Debord reste paradoxal… Il admire chez lui la précision théorique, mais pointe une tension insoluble : Debord dénonçait le spectacle tout en sacralisant la clandestinité de sa propre vie. Agamben y lit une contradiction essentielle : la vie vraie reste invisible, et c’est peut-être là son secret politique le plus profond. Dans une lettre à Alice Debord, il écrit : « Je ne vous oublierai jamais » – et dans ces mots simples, c’est tout le poids de l’irréversible qui s’inscrit.

« On existe, cela devrait suffire », dit Alice Debord à Agamben. À travers cette formule, il interroge la forme même de l’existence : être, c’est vivre, écrivait Aristote. Vivre, c’est être, répond Nietzsche. L’intime devient alors l’ultime lieu de la vérité politique.

L’amitié comme archive éthique

Dans chacun de ces portraits, Agamben ne cherche ni à idolâtrer ni à juger. Il réveille. Il ranime. Il se souvient avec tact, comme on touche une relique. Ce livre n’est pas un cimetière d’éloges : c’est un sanctuaire discret, habité de voix, de silences, de regards échappés. En témoignant de ses amitiés, Agamben continue à habiter un monde où la pensée reste possible, non comme système, mais comme lien.

Chaque fragment est aussi un exercice de deuil – une tentative de sauver l’ami de l’oubli, non par monument, mais par résonance. Agamben ne cherche pas à fixer des figures, mais à faire entendre leur tonalité singulière, leur manière d’habiter le monde. À travers les lettres, les notes de rêve, les souvenirs infimes, c’est une autre histoire du XXe siècle qui se dessine : souterraine, sans héros, faite de fidélités secrètes et de gestes discrets.

Luca Maristany (Ciutadella, 1985)

Chercheur en littérature comparée, chroniqueur et traducteur, vivant à Marseille.

  • Qui sommes-nous?
  • Politique éditoriale
  • Transparency
  • Makhzen
  • Contributeurs
  • Boutique
  • Plan du site
  • Contact

© Copyright Terss 2025. Tous droits réservés

Feu mon mirageCannes 2025| L’Mina remporte le Prix Découverte Leitz Cine et Randa Maroufi ex...
Scroll to top